
L’horreur qui défile
MOI POUR TOIT | Le centre d’urgences, nommé Louis-Ernest Fellay en l’honneur de l’ancien curé de Verbier, a déjà accueilli 5015 enfants depuis son ouverture en décembre 2005.
Une litanie. Un défilé. Un va-et-vient humain incessant, poignant, parfois décourageant mais toujours in dispensable.
UN SEUL CENTRE D’URGENCE
A Pereira, ville qui frôle le million d’habitants si on comptabilise la population de la voisine Dosquebradas uniquement séparée par un viaduc, un seul centre d’urgences est en fonction.
Celui de Moi pour toit ouvert en l’honneur de Louis-Ernest Fellay, grand ami de la fondation, et en faveur des enfants perdus, maltraités, violentés, drogués, abandonnés à eux-mêmes dans les rues de la cité. Ils ont à peine quelques jours de survie ou déjà quelques années d’errance. Et ils frappent à la porte de l’espoir ou de la protection nécessaire pour ne pas terminer son petit bout d’existence avec deux balles dans la peau ou un couteau dans le cœur. La police, souvent, sert de messager, de pont entre les trottoirs et le toit de la fondation.
DES FILLES ENCEINTES
Mais attention! Urgences ne signifie pas hôpital. Même si ce centre reçoit souvent des enfants très malades, des jeunes filles enceintes, des gosses cabossés au sens propre et défiguré. Y travaillent notamment une infirmière, une assistante sociale, des éducateurs, une psychologue. On y réécrit l’histoire de l’enfant, le pourquoi du comment de ce parcours tragique; on lui fait un bilan de santé physique et psychique; et Moi pour toit recherche alors le foyer idéal pour qu’il puisse reprendre goût à la vie, selon la problématique de chacun.
UN TÉTRAPLÉGIQUE DE 16 ANS
Pour le code des mineurs colombien, un enfant ne devrait pas rester plus de dix jours dans ce centre d’urgences. Le conditionnel est de rigueur. Moi pour toit a par exemple chouchouté pendant une année et demie un tétraplégique de 16 ans, retrouvée abandonnée sur un trottoir avec sa chaise! Tous les cas sont émouvants. Et l’ambiance chaleureuse qu’offre la fondation ne suffit pas à faire oublier les drames qui se lisent dans les yeux de ces gosses de tout âge, sans lien, sans famille ou avec des parents abuseurs, maltraitants, violents.
Litanie. Litanie récente. Cette jeune fille vendue par les siens à la guérilla et qui a osé déserter, devenant ainsi un objectif de guerre. Ou ce bébé de 2 mois, Yani Daiana, amené par le père dont la grande sœur de 2 ans mourut la veille dans le taxi qui l’emmenait à l’hôpital; famille de trois enfants en très bas âge, sales, sous-alimentés, malades des poumons et dont la maman n’a que 17 ans. Litanie. Défilé. Larmes et quelques rires après quelques jours. Le centre d’urgences de Moi pour toit est une urgence qui doit continuer. 24 heures sur 24.
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18 mai 123000 francs par jour!
Pour fonctionner en Colombie, le budget dépasse le million de francs. Objectif 2012: 500 nouveaux parrains. A 20 francs par mois.
Le nerf de la guerre. Tou- jours. La guerre contre la pauvreté, la misère, l’exploitation, la violence, l’abandon. Les premières victimes? Les enfants. Maltraités, abusés, méprisés. Depuis ving-cinq ans, Moi pour toit tend sa main à ces cabossés de la vie sans espoir. Afin de leur peindre un coin de ciel bleu dans leur tête défoncée par les coups. Les coups qui ont un coût. Le nerf de la guerre. La semaine dernière, les Kiwanis Verbier Saint-Bernard et Martigny ont offert un chèque de 3000 francs à la fondation. L’occasion de demander à Christian Michellod, fondateur et président, ce que représente cette somme.
3000 francs, c’est quoi?
Concrètement, 3000 francs, c’est un jour de fonctionnement en Colombie. C’est à la fois peu et beaucoup. Peu, parce que je dois trouver 365 fois 3000 francs par année; peu aussi, parce que Moi pour toit, sur le terrain à Pereira, c’est une famille de 250 personnes: 180 enfants et 70 employés. Imaginez ce qu’une telle entreprise coûterait ici en Suisse. C’est aussi beaucoup, parce que la crise hante les esprits, en Valais aussi. Et trouver tous les jours de l’année 3000 francs est une tâche et un devoir énormes.
Moi pour toit ne reçoit aucune subvention?
Non. En Suisse, zéro centime. La fondation est reconnue d’utilité publique, mais ne reçoit aucun soutien de la Confédération ou du canton. Heureusement, le gouvernement colombien nous aide depuis 2006.
A combien se chiffre ce soutien?
En principe, à 1000 francs par jour. Mais c’est souvent la galère. Il y a dix jours, j’ai écrit une lettre ouverte à l’Institut colombien du bien-être familial. Nous avons signé un contrat avec eux, mais on n’avait pas reçu un seul centime de leur part depuis le mois de décembre. Cette lettre est parue dans plusieurs médias colombiens et sur les réseaux sociaux. Trois jours plus tard, ils nous ont payé janvier et février! Il faut parfois mettre la pression pour qu’ils respectent leur engagement. Pas envers nous, mais envers ces enfants dans l’urgence et le besoin.
Mais comment faites-vous pour réunir cette somme tous les jours?
Un immense travail quotidien. Nous avons un club de parrainage, le Club des mille, à 20 francs par mois. C’est vraiment la base de notre recherche. Ces parrains sont d’une fidélité exemplaire. Et puis il y a des dons ponctuels. Ou des coups de cœur, comme celui du Kiwanis. Ou, d’actualité aussi, comme cette famille inscrite à la Patrouille des glaciers et qui a sollicité tous ses amis pour qu’ils fassent un don à Moi pour toit. Chacun, à sa manière, peut inventer une manière de soutenir ces 180 enfants que nous éduquons avec amour et patience. La chaîne de la main est infinie.
Mais vingt-cinq ans de recherche quotidienne, ce n’est pas lassant?
Non. Je ne dis pas que c’est tous les jours drôle, mais vous trouvez toujours des raisons d’y croire. Entre autres choses, en fermant les yeux pour penser à un sourire d’enfant. Ou lorsqu’on vient frapper à votre porte pour vous offrir 5000 francs en cash. C’est arrivé la semaine dernière. Une énorme preuve de confiance qui vous booste le cœur.
Un objectif pour 2012?
Atteindre les 2000 parrains. Ils nous en manquent 500.
Basée en Valais sur le bénévolat, la fondation a un budget annuel qui dépasse le million de francs. «Un minimum quand on est chef d’une famille de 250 mem- bres» sourit Papa Christian.
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07 mai 12


